Saint-Laurent : Comprendre la sécurité à Chameran à partir de l’expérience des jeunes

Un diagnostic local donne la parole aux jeunes, aux familles et aux acteurs du milieu afin de mieux comprendre les enjeux de sécurité et de dégager des pistes d’action adaptées au secteur.

À la demande du Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent (COSSL), le Centre international pour la prévention de la criminalité (CIPC) a réalisé un diagnostic local consacré aux enjeux de sécurité vécus par les jeunes de Chameran. En donnant la parole aux jeunes, aux familles et aux acteurs du milieu, cette démarche permet de mieux comprendre leurs expériences dans différents milieux de vie et de dégager des pistes d’action adaptées aux réalités du secteur.

Le diagnostic repose sur des groupes de discussion réunissant des adolescentes, des adolescents, de jeunes adultes et des mères du secteur, ainsi que sur des entrevues auprès d’acteurs du milieu. Un atelier de coconstruction organisé en février 2026 a ensuite permis aux partenaires communautaires et institutionnels de discuter des constats recueillis et de dégager des pistes d’action.

Un secteur jeune et densément peuplé

La couronne Chameran compte 9 945 personnes et présente la plus forte densité de population de Saint-Laurent, avec 24 862 personnes par kilomètre carré. Le rapport indique également que 95 % de ses résidentes et résidents sont locataires. Plusieurs immeubles montrent des signes de vétusté, tandis que la hausse du coût du logement exerce une pression supplémentaire sur les ménages.

Les jeunes occupent une place importante dans la vie du secteur. Selon le portrait sociodémographique présenté dans le rapport, les personnes de moins de 18 ans représentent 23 % de la population. En 2021, Chameran comptait également 3 310 jeunes de 6 à 17 ans et 1 785 personnes de 18 à 24 ans.

Les consultations font ressortir un besoin d’espaces sportifs, culturels et communautaires accessibles et adaptés aux jeunes. Le diagnostic souligne notamment la capacité limitée des infrastructures existantes au regard du nombre de jeunes qui habitent le secteur.

Des expériences qui varient selon les personnes consultées

Le diagnostic montre que le sentiment de sécurité n’est pas vécu de la même manière par tous les groupes. Les garçons de 12 à 17 ans consultés l’évaluent entre 7 et 10 sur 10, tandis que les adolescentes du même âge lui accordent une note située entre 5 et 6. Les jeunes adultes rencontrés l’évaluent pour leur part entre 7 et 8.

Les adolescentes et les mères consultées ont notamment fait part de préoccupations concernant l’utilisation de certains espaces publics. Le manque d’éclairage, particulièrement dans les ruelles et les endroits plus sombres, figure parmi les éléments mentionnés au cours des échanges.

Le rapport souligne également que les filles sont moins présentes dans plusieurs espaces publics du secteur. Les participantes ont exprimé le besoin d’activités et de lieux mieux adaptés à leurs réalités. Le diagnostic recommande ainsi de développer une offre destinée aux adolescentes afin de favoriser leur participation régulière à l’activité physique.

Les consultations font par ailleurs ressortir un fort sentiment d’appartenance au quartier. La proximité entre les personnes, la connaissance du voisinage et la solidarité entre les résidentes et résidents sont présentées comme des forces importantes de la communauté.

Des enjeux qui touchent différents milieux de vie

L’analyse ne se limite pas aux espaces publics. Elle prend également en compte les réalités vécues dans les logements, les écoles, les transports, les lieux communautaires et les environnements numériques.

Les personnes consultées ont notamment abordé l’encadrement et la gestion des conflits en milieu scolaire, l’accès à l’emploi, les conditions de logement, les relations entre les générations ainsi que l’utilisation des réseaux sociaux. Le rapport souligne que ces différents éléments peuvent influencer le sentiment de sécurité et le bien-être des jeunes.

Les échanges font aussi ressortir des difficultés d’accès à l’information, aux services et aux possibilités d’accompagnement. Plusieurs jeunes ont exprimé le besoin d’être mieux orientés vers les ressources disponibles, notamment en matière d’emploi, de persévérance scolaire et de soutien psychosocial.

Renforcer les liens avec la population

Le diagnostic relève également un manque de confiance envers certaines institutions. Les expériences exprimées concernent notamment les milieux scolaire, municipal et policier ainsi que les services de santé et les services sociaux.

Dans ce contexte, les organismes communautaires et les intervenantes et intervenants de proximité jouent un rôle important pour créer des liens, accompagner les familles et mieux faire connaître les ressources disponibles. Le rapport souligne toutefois que le financement par projet et le roulement du personnel peuvent nuire à la continuité des interventions.

L’activité de coconstruction a ainsi permis de rappeler l’importance d’une présence régulière dans le secteur, d’une meilleure coordination entre les services et d’une participation active des personnes qui connaissent les réalités du quartier.

Des pistes d’action issues des consultations

À partir des groupes de discussion, des entrevues et de l’atelier de coconstruction, le diagnostic présente plusieurs pistes d’action :

  • partager les constats du rapport avec les personnes élues;
  • maintenir et bonifier le financement à la mission des organismes jeunesse;
  • soutenir les parents, les mentors, les jeunes adultes et les jeunes engagés dans la communauté;
  • bonifier et diversifier les infrastructures destinées aux jeunes;
  • développer une offre d’activités adaptée aux adolescentes;
  • favoriser la participation citoyenne des jeunes, notamment au sein des instances municipales;
  • renforcer la présence de proximité des institutions et des services publics;
  • développer des initiatives d’accompagnement et de soutien parental;
  • collaborer avec la Société de transport de Montréal afin de réévaluer l’accessibilité du secteur.

Ce diagnostic constitue une base de connaissance commune pour soutenir les échanges entre la population, les organismes, les institutions et les personnes élues. Il permet de mieux comprendre les réalités exprimées lors des consultations et d’orienter le travail collectif autour des besoins et des priorités identifiés dans le secteur de Chameran.

[Consulter le Diagnostic local de sécurité dans le secteur de Chameran, arrondissement de Saint‑Laurent]

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